30 janvier 2008

La poésie et les femmes selon Théophile Gautier

Il est vrai que les femmes ne s'entendent pas plus en poésie que les choux et les roses, ce qui est très naturel et très simple, étant elles-mêmes la poésie ou tout au moins les meilleurs instruments de poésie: la flûte n'entend ni ne comprend l'air que l'on joue sur elle.
 
Mademoiselle de Maupin 

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02 août 2007

La poésie selon Marc Hodges

Marc Hodges estime que la poésie ne peut exister que dans une recherche attentive du niveau zéro du sens de façon à laisser, comme l'arome d'un bon vin, se développer la sensualité absolue que tout individu peut rencontrer dans un rapport à sa langue. Car il s'agit alors d'être dans l'absolu du langage, retrouver sa nature primitive et charnelle pour transmettre l'immédiateté des rapports sensibles au monde. Il dit que, pour cela, le poète, ou du moins celui qui désire s'engager dans une approche poétique de l'écriture, dispose de plusieurs moyens techniques qui ont été, ou non, et de façons différentes, explorés au long de l'histoire littéraire.

Il classe ainsi plusieurs modalités techniques d'écriture:

- la technique de l'inconscient qui est une recherche de langue sous la langue, l'appui sur des anti-automatismes non contrôlés qui débarrassent la langue de sa tendance naturelle à l'appui sur des ensembles de locutions préfabriquées et rarement repensées. L'image est de cet ordre, davantage donc l'accumulation de l'image ou de l'ensensé, fatrasies, surréalismes, non-sens verses, etc. Les exemples ne manquent pas depuis "le parapluie et la machine à coudre sur une table de dissection" à "le scandale de la pluie abuse le soleil"…

- la technique des "surfaces": s'en tenir aux surfaces de la langue, à sa matérialité pure, travailler les sons, les rythmes, les dessins de la langue indépendamment de l'aspect signifiant que ces sons, rythmes, dessins peuvent représenter. Prendre le mot "mer" pour m+e+r, pour sa brièveté, ses associations sonores : mère, mare, mort, etc; "Et l'amour et la mer ont la mort pour partage"… Voie utilisée presque exclusivement par les écoles lettristes, spatialistes, sonores, etc. mais présente dans la plupart des jeux phonétiques de la poésie (rimes, rythmes, vers mesurés, etc.). Créer des langues imaginaires…

- la technique des "lieux communs": détruire le sens en accumulant les automatismes, faire de tout texte un amoncellement de banalités qui sont alors dynamitées par leurs évidences multiples, prendre des pages de l'annuaire du téléphone, faire des listes, des listes de listes, des collections de pseudo-sens dont la vacuité apparaît aussitôt amenant à faire ressortir ce que pourrait, devrait être la langue. Cette technique est une des plus utilisées dans la poésie contemporaine.

- laisser parler la langue seule, si possible sans intervention humaine visible: donner une place importante aux jeux du hasard, à l'aléatoire, aux rencontres fortuites… créer des "programmes" qui modélisant la langue la dynamitent de l'intérieur en laissant à des machines le soin de construire des "textes" qui, dans l'absence d'un auteur, sont par nature des anti-textes. Faire des machines de langue folles.

Il y a peut-être d'autres techniques encore et Marc Hodges prétend être à leur recherche. Il dit aussi qu'il n'y a aucune raison que chaque technique soit exclusive de toutes les autres, au contraire mais dès qu'elles sont recensées, elles deviennent partiellement obsolètes. Or, dit-il, ce qui l'intéresse, c'est d'aller plus loin, trouver des techniques d'abrasion luinguistique jusque là ignorées afin d'atteindre au cœur du bois, approcher d'une poésie sans cesse renouvelée.

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28 avril 2006

L'Express donne une petite place à la poésie

"Ce que me semble prendre en compte la poésie - celle qui m'intéresse le plus - est cet entre-deux qui est le nôtre. Nous sommes des êtres du milieu. Ni plantes ni animaux, nous n'appartenons pas à la nature de la même manière qu'eux, mais, comme eux, nous en faisons partie. Tout en ayant les deux pieds collés à la réalité terrestre, nous sommes des créatures aspirées vers ce que Mallarmé appelait “l'instinct de ciel en chacun”. Cette nature intermédiaire de l'homme, la poésie s'en occupe plus que tout autre art. Sa fonction, si elle en a une, serait celle-ci: dire comment nous sommes au monde et contribuer à nous y installer un peu mieux… Mais la poésie ne désire pas être “utile”. Le balai sert à balayer. La poésie ne sert pas à poétiser. Si elle le fait, c'est de manière indirecte. Pour moi, la poésie est d'abord affaire de respiration, aussi bien que de résistance, notamment à l'usure des mots. Car nous n'avons pas pleinement conscience de la langue que nous parlons. Je suis très malheureux d'entendre toutes ces vociférations contemporaines, ce jeu débile avec le langage que la publicité instaure. Le rapport au sens est essentiel si l'on veut lutter contre l'intolérance et le fanatisme, contre le simplisme et la langue de bois."
 
L'Express du 27/04/2006
Entretien avec Jean-Michel Maulpoix par Laurence Liban (extrait)
 

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26 octobre 2005

Sens de la poésie

Par la poésie, la vie cherche à sortir de l’idée pour retourner à la vie. Si un poème porte une première signification traduisible en prose, ce qui importe davantage c’est son mode d’être ; la poésie dit l’imperceptible du perceptible et le perceptible de l’imperceptible.

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01 juillet 2005

De la nature du vers

1.Une langue est un système ouvert (au sens de la systémique) : organisation complexe -par définition dynamique d'éléments interactifs pratiquant des échanges avec son environnement.
2.Parmi les environnements de la langue : les autres langues, le réel, le corps, l'appareil phonatoire, acoustique, la subjectivité, l'histoire, etc... L'usage d'une langue s'inscrit dans un flux permanent d'informations.
3.Tout usage de la langue se situe à l'intérieur de son système : il n'y a pas d'utilisation de la langue qui ne soit inscrite dans le système linguistique et ne produise des effets sur l'ensemble du système.
4.Le système linguistique est constamment mis en déséquilibre par les informations qui lui proviennent de son environnement.
5.Prose et poésie sont deux des états possibles du système.
6.L'état prose se caractérise par une moindre prise en compte de l'entropie du système : la déperdition de sens potentiels y est considérable.
7.L'état poésie se caractérise par la recherche de l'entropie minimale, son idéal est la stabilité, la structure cristalline. La déperdition de sens potentiels se veut minimale.
8.La recherche de l'entropie minimale tend à isoler la poésie de l'environnement extra-linguistique.
9.Le passage de l'état prose à l'état poésie (et réciproquement) est toujours possible, c'est une constante normale du système. Il ne s'agit donc pas réellement d'états séparés, bien plutôt d'états "contenus".
10.Il existe des écritures "à la limite", se situant entre les deux états du système et pouvant, d'un rien, basculer d'un état dans l'autre.
11.La "poésie en prose" ou la "prose poétique" sont des passages à la limite.
12.Les "vers blancs" ou les "vers de mirliton" sont des passages "à la limite", ils rappellent que prose et vers sont deux états proches d'un même système.
13.L'irritation de certains poètes naïfs devant ces écritures s'explique ainsi : pour la stabilité, elles jouent dangereusement sur l'instabilité.
14.On appelle forme un comportement constant de l'état poésie tendant à se protéger des déstabilisations introduites par l'environnement dans le système. Cette tendance explique que la poésie ait un rapport avec la mémoire et la mémoire de la langue.
15.Une forme est caractérisée par l'interaction maximale de ses éléments linguistiques constitutifs.
16.Dans une forme, rien n'est séparé, tout agit sur tout et modifier n'importe lequel des éléments a des incidences sur l'ensemble des éléments.
17.La forme ne préexiste pas à son régime de fonctionnement. C'est l'intensité de son "activité dissipative" qui la caractérise. En ce sens, adopter les contraintes de la forme ne signifie nullement qu'il y ait forme.
18.Un texte peut avoir l'apparence d'un sonnet sans être un sonnet.
19.Un texte peut ne pas avoir l'apparence d'un sonnet et, pourtant, en être un.
20.La complexité des interactions dans une forme est tellement dense et complexe que les effets d'une modification locale sont largement imprévisibles et ne le sont en tout cas pas de façon mécanique.
21.On appelle forme fixe un moment du comportement constant de l'état poésie tendant à assurer sa survie par une fermeture de l'état poésie sur lui-même.
22.Une forme fixe définit comme seul licite un fonctionnement densifié mais isolé du langage.
23.Une forme fixe tend à maîtriser les interactions par une focalisation préalable des lieux d'interaction. Elle tend à privilégier certaines structures de stabilité.
24.La plus ou moins grande force d'une structure de stabilité est caractérisée par le plus ou moins grand nombre d'interactions qu'elle définit.
25.Le sonnet est une structure de stabilité forte.
26.La sextine est une structure de stabilité moins forte que celle du sonnet.
27.Relativement à la langue, un vers est une structure de stabilité faible.
28.Un vers est aussi une forme.
29.Par rapport à une forme poétique donnée, un vers est toujours une forme fixe.
30.Le vers est l'unité de base d'une forme.
31.Un vers monostiche est à la fois forme et vers. C'est un autre passage "à la limite".
32.Relativement au texte, un vers peut être une structure de stabilité forte. C'est, par exemple, le cas de l'alexandrin dans le sonnet.
33.Les interactions réelles débordent toujours les interactions focalisées par les formes fixes.
34.Les structures de stabilité ne peuvent être des structures stables, ce sont des états stationnaires provisoirement stables. On peut reprendre à leur sujet le concept "d'ordre par fluctuation" de la thermodynamique.
35.Que les formes fixes les plus évidentes aient été abandonnées ne signifie nullement qu'il n'y a plus de forme fixe.
36.Il existe chez les poètes les plus contemporains une nostalgie des formes fixes antérieures : elles représentent un idéal de structure de stabilité. Mais cette structure de stabilité n'est adéquate qu'à un état nécessairement révolu de langue.
37.L'histoire de la poésie est l'histoire de la recherche de structures de stabilité. C'est une histoire désespérée.
38.Il ne peut y avoir une définition simple et définitive d'une forme poétique : une forme poétique est une tendance de l'ensemble des éléments vers l'état du système appelé poésie. Il ne peut y avoir que des descriptions dynamiques de la poésie.
39.Il ne peut y avoir une définition simple et définitive du vers : le vers est un des éléments contribuant au fonctionnement des formes poétiques. Il ne peut y avoir que des descriptions dynamiques du vers.
40.Une séquence langagière de douze syllabes peut ne pas être un vers dans un sonnet.
41.Un séquence langagière de douze syllabes peut être un vers dans une forme poétique donnée.
42.Une séquence langagière de douze syllabes peut être un vers dans un sonnet.
43.Un séquence langagière de douze syllabes peut ne pas être un vers dans une forme poétique donnée.
44.Modifier l'un quelconque des éléments (rythme, son, graphie, comptage, graphie, etc...) d'un vers dans une forme donnée peut le faire passer à l'état de non-vers et réciproquement.
45.Modifier l'un quelconque des vers d'une forme peut la faire passer à l'état de non-forme et réciproquement.
46.C'est à partir du régime collectif d'activité, et non a priori et une fois pour toutes que se décide ce qui est insignifiant et ce qui doit être pris en compte dans le fonctionnement du vers.
47.Prose et vers sont étroitement mêlés et interdépendants : le basculement d'un état dans l'autre est, à tout moment, possible. Toute modification sur l'un quelconque des éléments du système peut y contribuer (ceci permet notamment de comprendre l'intérêt de la "théorie du rythme" de Jacques Roubaud et Pierre Lusson : il n'est rien qui ne puisse être pris en compte et qui ne puisse contribuer à la description d'un état stylistique).
48.L'ouverture du système implique le déplacement constant des structures de stabilité. Une forme fixe ne peut qu'échouer à assurer une stabilité définitive dans l'état poésie. Les formes fixes sont, paradoxalement, condamnées à l'évolution.
49.Que le système linguistique soit fermé, les formes poétiques seront fixes, définitivement. Mais, sauf à devenir une langue morte, il s'agit là d'une impossibilité de nature.
50.Le vers libre contemporain est l'unité de base du poème contemporain.
51.Le poème contemporain définit l'état contemporain des formes fixes. Il en possède les règles, les contraintes et les rejets (cf."La vieillesse d'Alexandre" de Jacques Roubaud). On voit à nouveau, dans les écritures "à la limite", se manifester une tentative de déplacement de cette forme fixe.
52.La poésie contemporaine se caractérise par une recherche de la stabilisation des passages "à la limite".

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28 juin 2005

La poésie

La poésie est une expression sur les modalités d’expression.

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La poésie (suite 1)

La poésie contemporaine se caractérise par une recherche de la stabilisation, dans la langue, des passages "à la limite".

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