19 novembre 2009

Lectures pour novembre 2009

La petite collection La Porte publie chaque année pour 18,00 € (port inclus) six recueils d’auteurs contemporains généralement de bonne qualité. Les deux derniers : Gérard Titus-Carmel, plus connu comme peintre, publie Brisées, quelques fragments saisis comme au vol d’instants fugitifs ; Hubert Haddad, Thrène, qui est, comme l’on sait, une lamentation, ici toute en finesse et retenue, sur la mort d’une personne aimée.

Isabelle Balandine Howald, La douleur du retour, ed. La cabane, 6,00 €

Une écriture du paysage où le paysage géographique se mêle intimement au paysage sentimental ; une écriture simple, agréable comme allant de soi et cependant si juste.

Julien Blaine, Cours minimal sur la poésie contemporaine, ed. Al Dante, 15,00 €

Inutile ici de présenter Julien Blaine qui est une des voix les plus tonitruantes de la poésie contemporaine. dans cet ouvrage, il se propose de donner à comprendre à partir de son anthologie personnelle d’exemples concrets de sa propre écriture, le fonctionnement des poésies dites « d’avant-gardes ».

Jan Baetens, Pour une poésie du dimanche, Les impressions nouvelles, 9,00 €

Dans une forme tournant autour du sonnet, un hommage de l’auteur à ceux qu’il nomme les « poètes du dimanche », c’est-à-dire ceux qui, contraints de travailler pour vivre, ont été influencés dans leur écriture par la pratique de leur métier. Jan Baetens leur prête alors son écriture en s’efforçant de voir ce qui peut transparaître du métier dans le poème. Un bel exercice de style…

Gérard Macé, Promesse, tour et prestige, ed. Gallimard, 12,00 €

Gérard Macé a beaucoup publié et ce recueil n’est que le dernier d’une longue série. Ici c’est à une réflexion sur la magie, magie du réel et magie des mots, qu’il, invite son lecteur, travaillant sur cette lisière étroite où le réel et l’imaginaire se rencontrent pour créer ce monde à part qui est celui du poème.

Mathieu Bénézet, Après moi le déluge, éditions Léo Scheer, 16 euros

« Ce livre est : sans clefs », dit Bénézet, alors qu’il ne s’agit que de lui, ou de Lui, et de l’autre, dans une oscillation continue entre la comédie de la réalité et celle de la représentation, entre la comédie du Je et celle du jeu des girations entre fausse dualité et fausse séparation, séparation, fameux schize, qui apparaît et disparaît dans un même mouvement.

La poésie selon Virginia Woolf

De tous côtés des écrivains font des tentatives sans pouvoir réussir, essaient de faire entrer par force dans la forme qu'ils emploient une signification qui lui est étrangère. On peut en donner maintes raisons, mais ici choisissons-en une seulement: l'impuissance de la poésie à nous servir comme elle a servi tant de générations de nos pères. La poésie est loin de nous prêter l'aide qu'elle leur prêtait. Le grand canal qui a charrié tant d'energie, tant de génie, semble s'être rétréci, ou avoir dévié.

Le pont étroit de l'art (Trad. Rose Celli)

10 mars 2008

Lectures poétiques recommandées en mars 2008

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Anthologie de la poésie d’Ouzbékistan
direction Hamid Ismailov et Jean-Pierre Balpe, Le Sandre, 2 volumes, 13 € chaque. Une poésie millénaire, du ghazal classique à la poésie actuelle, un voyage dans le temps et l’espace, un avant-goût de la Biennale 2009 où la poésie turcophone sera à l’honneur.

Art conceptuel
une entologie, sous la direction de Gauthier Herrmann, Fabrice Reymond et Fabien Vallos, éditions Mix, 22 €. Un volume très riche présentant de nombreux documents inédits indispensables pour tous ceux qui s’intéressent à la poésie contemporaine dans ses relations avec les autres formes de création

Grand ensemble
Nathalie Quintane, P.O.L, 16 € Le retour de Nathalie Quintane au format poétique sur un sujet toujours brûlant : notre rapport à l’Algérie.

La fille du département Fiction (carnet Hawaï)
David Lespiau, L’Attente, 11 € Empruntée à George Orwell et à 1984, La fille du département Fiction, permet à David Lespiau de poursuivre le récit de son écriture avec élégance, diffraction.

Le cas de le dire
Frank Smith, éditions Créaphis, 12 €. Comment travailler le langage de tous les jours en la ressassant, la malaxant dans tous les sens pour se débarrasser des banalités ordinaires et tenter d’atteindre un autre niveau d’expression qui serait peut-être la poésie.

Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines
Charles Bukowski traduit par Thierry Beauchamp aux éditions du Rocher, 17 €. Cet ouvrage paru aux USA en 1969 n’avait jamais été traduit en français. Une poésie « politique » écrite au ras du quotidien et de la difficulté de vivre.

Les techniciens du sacré
anthologie de Jerome Rothenberg traduite par Yves di Manno aux éditions José Corti, 33 €. Présentation des « poésies tribales/orales » du monde entier et de la pensée sauvage. Un ensemble de textes passionnants pour remettre en perspective tout ce que l’on croit savoir de la poésie.

Mon journal pour Nina
Eric Houser, L’Attente, 7, 6 € L’art d’être quasi grand-père : Eric Houser écrit pour Nina (9 ans) un journal (d’été (de poésie)). Un texte d’une grande simplicité. Une formidable leçon de vie et de littérature.

Sans effets personnels

Yannick Liron, MIX., 5 € Le regard, le toucher, la grammaire, autant de formes d’individuation que Yannick Liron interroge, manipule avec humour et brio.

19 février 2008

Maurice Blanchot

"La parole poétique n'est plus parole d'une personne: en elle, personne ne parle et ce qui parle n'est personne, mais il semble que la parole seule se parle. Le langage prend alors toute son importance; il devient l'essentiel; le langage parle comme essentiel, et c'est pourquoi la parole confiée au poète peut être dite parole essentielle. Cela signifie d'abord que les mots, ayant l'initiative, ne doivent pas servir à désigner quelque chose ni donner voix à personne, mais qu'ils ont leurs fins en eux-mêmes." (p.42)
 
"La poésie n'est pas donnée au poète comme une vérité et une certitude dont il pourrait se rapprocher; il ne sait pas s'il est poète, mais il ne sait rien plus ce qu'est la poésie, ni même si elle est; elle dépend de lui, de sa recherche, dépendance qui toutefois ne le rend pas maître de ce qu'il cherche, mais le rend incertain de lui-même et comme inexistant. Chaque œuvre,chaque moment de l'œuvre remet tout en cause et celui qui ne doit se tenir qu'à elle, ne tient donc à rien. Qui qu'il fasse, elle le retire de ce qu'il fait et de ce qu'il peut." (p.106)
 
 
In L'espace Littéraire 

31 janvier 2008

Traduire, journal

Les éditions NOUS (4 chemin de Fleury 14000 - Caen) publient, avec l'aide du Conseil Régionale et de la DRAC de Basse-Normandie "Traduire, journal" de Jacques Roubaud.

On sait que Jacques Roubaud a consacré une grande partie de sa vie, outre sa propre production littéraire, à la traduction de textes de différentes origines depuis les textes d'indiens d'Amérique du Nord jusqu'aux poètes américains contemporains, en passant par les troubadours ou les classiques japonais. Traduire est donc pour lui une autre façon d'écrire.

Dans cet ouvrage il rassemble des essais de traduction de poésie qu'il n'a jamais publiées mais qui ont jalonné une grande partie de sa vie d'écrivain. Certains datent de trente ans dont il dit qu'il s'agit "de tentatives encore inabouties (même si leur début a dix vingt, ou trente ans)", d'autres sont plus récents. On y trouvera bien sûr un très grand nombre de poètes américains, la plupart de ceux dont Jacques Roubaud s'est inspiré ou qu'il a déjà eu l'occasion de promouvoir et de défendre avec des textes de Dante, Gary Snider, Louis Zukofsky, Paul Blackburn, Jackson Mac Low, Armand Schwermer, Jerome Rothenberg, David Antin, Gertrude Stein, Jack Spicer, Charles Olson, Charles Reznikoff, Carl Rakosi, Georges Oppen, Peter Riley, William Bronk, Keith Waldrop, Arnaut Daniel, Gerard Manley Hopkins, Clark Coolidge, Ron Padgett, Ted Berrigan, Oskar Pastior, Christopher Middleton, Mina Loy, Robert Kelly. Quoi qu'il en soit leur lecture est très intéressante, Jacques Roubaud ayant un rapport très riche à la langue, ses parti pris sont souvent audacieux, créatifs, rarement quelconques. Le choix des textes est déjà remarquable, les interprétations qu'il en propose enrichissantes.

Comme souvent chez Jacques Roubaud son livre contient aussi un clin d'œil, Jacques Roubaud se traduisant lui-même en anglais:

 

cela, c'est à

 

il entendit cela. c'est à dire que cela

il l'entendit, mais le mettant de côté, ni

tout à fait pour le taire. ni pour le dire

en quelque sorte. puisqu'il n'y avait pas quoi

le dire. c'était un peu. c'était comme

pérallélogrammes des fleurs en équilibre toi

dépité de la parole. Tancrède

consigné dans l'œsophage. les indes

ennemies. c'est à dire que cela

il l'entendait.

 

that. which

 

he heard that. which means that this

he heard. but putting it aside. not

exactly to keep it silent, nor in a way

to tell it. because there was nothing

telling. it was some. it was as

a parallelogram of flowers in balance you

disappointed with speech. Tancred

locked inside the windpipe. India

an enemy. which means that this

he woul hear. 

 

Un livre qui me semble indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à la création et aux rapports étranges entre les langues.