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02 août 2007
La poésie selon Marc Hodges
Il classe ainsi plusieurs modalités techniques d'écriture:
- la technique de l'inconscient qui est une recherche de langue sous la langue, l'appui sur des anti-automatismes non contrôlés qui débarrassent la langue de sa tendance naturelle à l'appui sur des ensembles de locutions préfabriquées et rarement repensées. L'image est de cet ordre, davantage donc l'accumulation de l'image ou de l'ensensé, fatrasies, surréalismes, non-sens verses, etc. Les exemples ne manquent pas depuis "le parapluie et la machine à coudre sur une table de dissection" à "le scandale de la pluie abuse le soleil"…
- la technique des "surfaces": s'en tenir aux surfaces de la langue, à sa matérialité pure, travailler les sons, les rythmes, les dessins de la langue indépendamment de l'aspect signifiant que ces sons, rythmes, dessins peuvent représenter. Prendre le mot "mer" pour m+e+r, pour sa brièveté, ses associations sonores : mère, mare, mort, etc; "Et l'amour et la mer ont la mort pour partage"… Voie utilisée presque exclusivement par les écoles lettristes, spatialistes, sonores, etc. mais présente dans la plupart des jeux phonétiques de la poésie (rimes, rythmes, vers mesurés, etc.). Créer des langues imaginaires…
- la technique des "lieux communs": détruire le sens en accumulant les automatismes, faire de tout texte un amoncellement de banalités qui sont alors dynamitées par leurs évidences multiples, prendre des pages de l'annuaire du téléphone, faire des listes, des listes de listes, des collections de pseudo-sens dont la vacuité apparaît aussitôt amenant à faire ressortir ce que pourrait, devrait être la langue. Cette technique est une des plus utilisées dans la poésie contemporaine.
- laisser parler la langue seule, si possible sans intervention humaine visible: donner une place importante aux jeux du hasard, à l'aléatoire, aux rencontres fortuites… créer des "programmes" qui modélisant la langue la dynamitent de l'intérieur en laissant à des machines le soin de construire des "textes" qui, dans l'absence d'un auteur, sont par nature des anti-textes. Faire des machines de langue folles.
Il y a peut-être d'autres techniques encore et Marc Hodges prétend être à leur recherche. Il dit aussi qu'il n'y a aucune raison que chaque technique soit exclusive de toutes les autres, au contraire mais dès qu'elles sont recensées, elles deviennent partiellement obsolètes. Or, dit-il, ce qui l'intéresse, c'est d'aller plus loin, trouver des techniques d'abrasion luinguistique jusque là ignorées afin d'atteindre au cœur du bois, approcher d'une poésie sans cesse renouvelée.
15:50 Publié dans Réflexions théoriques | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Il serait intéressant de lire quelques exemples connaisez vous des liens ayant repris quelques poèmes utilisant ces techniques ?
Merci
Ecrit par : adeline | 12 novembre 2007
Qu’est-ce que la Poésie ?
La Poésie est un mets capricieux et doux, meringué et acidulé, mou et croustillant qui se déguste en dehors des heures de repas. La Poésie est non seulement l'art de chanter les bouches d'égout de nos quartiers mais également le meilleur moyen de faire tomber la pluie en juin. La Poésie est un puits de sentences sans plafond qui se perd dans les méandres d'un ciel invariablement bleu. Sauf quand il pleut, puisque nous venons de voir que la Poésie avait le pouvoir étonnant de recouvrir nos rues de matière aqueuse.
J'ajoute non sans outrecuidance que la Poésie est aussi un matelas de coton azuré qui flotte dans les airs nébuleux et sur lequel s'étend de temps à autre le joueur de luth en mal d'inspiration. Mais passons sur cet aspect olympien de la Poésie, assez anecdotique, pour nous attarder sur son côté commun, qui est le plus répandu.
La Poésie est la soupe du soir du mortel qui ne veut pas mourir. Elle peut être chaude, épaisse, claire, hachée, légèrement aréneuse ou bien franchement horticole. Elle est comme une rigole qui conduit les humeurs domestiques vers les sillons féconds du cultivateur. Une sorte de ruisseau universel duquel s'écoule un sang assez pur abreuvant des partitions patriotiques.
La Poésie, voyez-vous, c'est l'aptitude humaine à transposer le discours vulgaire sur des hauteurs quasi divines. Jouer du langage comme d'un piano, émettre des notes avec des citrons verts, des papillons bruns ou de vieilles cruches. En un mot, faire braire le verbe.
La poésie qui descend des étoiles se ramasse dans des soupières, elle se marie à merveille avec les condiments du quotidien, s'accompagne habituellement de laitue et de fraises des bois. Elle se digère un cigare aux lèvres ou une bague au doigt.
Mais surtout, et c'est l'essentiel, la Poésie est une digestion cosmique auto régénératrice qui ensemence la Beauté. C'est une coulée céleste traversant nos âmes qui, après avoir les avoir agitées, transformées, épurées, s'en retourne aux étoiles dans de grands jets lactés.
Raphaël Zacharie de Izarra
Ecrit par : Raphaël Zacharie de Izarra | 12 novembre 2007
La poésie c'est une conversation.
Ecrit par : mots... | 14 décembre 2007

