25 avril 2006

Hommage à Claude Esteban

Claude Esteban était né en 1935. Sa brusque disparition, mi avril, alors que son dernier livre de poèmes, Le Jour à peine écrit, était sur le point de paraître chez Gallimard, laisse un vide irremplaçable dans la poésie française contemporaine.

Celui qui s’impose aujourd’hui comme l’un des meilleurs poètes de cette deuxième moitié du 20ème siècle, expliquait dans Ce qui retourne au silence (2004, ed. Léo Scheer) , comment les deux langues, l’espagnole (il est le traducteur de Paz, Quevedo, Borges, Jorge Guillen entre autres) et la française qui se combattaient dans sa tête «comme deux visions et deux versions irréconciliables du monde», ont produit cette écriture du dénuement, de l’émotion contenue, à la recherche d’une authenticité toujours plus grande qui doit autant à Yves Bonnefoy qu’au peintre Morandi. Et, de fait, réflexion sur les arts plastiques et sur la poésie, chez lui ne se séparent jamais. Poèmes ou prose, quelques titres suffisent à le désigner: La saison dévastée (1968), Dans le vide qui vient (1976) Soleil dans une pièce vide (1991) , Morceaux de ciel, presque rien (2001) . Le deuil (dans un de ses plus beaux livres: Elégie de la mort violente (1989, ed. Flammarion) , la désolation intérieure, exprimés dans de courts poèmes d’une rare densité, dans lesquels le temps est comme «accumulé dans la minute qui les profère» , alternant avec des morceaux de prose d’une admirable frappe, tout cela témoigne dans le registre de l’écriture, d’une volonté de «restituer à la personne humaine qui parle et au monde que les mots convoquent, une sorte d’assise, précaire sans nul doute mais qui va en s’affermissant». Alors que la poésie moderne tend plutôt à l’évacuer, Claude Esteban réaffirme la primauté du sujet «non pas entité close, éprise de son essence, mais un surgissement individuel de l’être qui ne s’éprouve et ne se reconnaît que par le regard qu’il porte, le geste qu’il dirige vers le dehors, vers cette extériorité qui loin de l’annuler, le confirme à travers l’autre que lui-même.»
Claude Adelen

Les commentaires sont fermés.